ANTISÉMITISME & ATTENTATS DE TOULOUSE

Terrorisme. Mohammed Merah. Shoah.
RISS, Charlie Hebdo, le 21 mars 2012.

Le dessin est en noir et blanc sur fond orange. On voit deux enfants avec un cartable, une petite fille et un petit garçon, de même taille avec une expression identique.
La fillette porte une jupe et une étoile sur la poitrine, l’étoile de David. Le garçon porte un pantalon et une chemise, ainsi qu’une kippa et des papillotes de part et d’autre de son visage. Ils ne disent rien et nous regardent droit dans les yeux.
Au-dessus de la fillette, il est écrit en noir « 1942 ». Avec la même écriture, au-dessus du garçon, il est écrit « 11.43 ». Sous les deux enfants, un texte court et souligné : « calibre différent, mobile identique ». En bas à droite, la signature du dessinateur Riss.

Entre le 11 et le 19 mars 2012, Mohammed Merah, islamiste radicalisé en prison, assassine sept personnes et fait six blessés en trois expéditions meurtrières en scooter volé : il tue trois militaires français et ouvre le feu devant une école juive de Toulouse (l’établissement Ozar Hatorah), où il tue un enseignant et ses deux enfants, puis loge une balle dans la tête d’une petite fille de 8 ans et touche de deux balles un adolescent. 32 heures après, Mohammed Merah est abattu par le RAID. Pour perpétrer ses crimes, le tueur utilise une arme de calibre 11,43.

D’un côté, le dessinateur représente une petite fille juive qui incarne les millions d’enfants déportés par le gouvernement français du maréchal Pétain et gazés par les nazis en 1942. De l’autre, il représente un petit garçon qui incarne les enfants tués par Mohammed Merah dans une école juive à Toulouse.

Dans le cas du petit garçon, il suffit des chiffres du calibre pour situer le contexte et la date de la tuerie à laquelle le dessinateur fait référence. Dans le cas de la petite fille, c’est la date qui permet de savoir de quel évènement on parle : la Shoah et l’extermination des Juifs de France lors de la Seconde Guerre mondiale.

Le dessinateur associe donc deux tragédies qui se déroulent à 70 ans d’intervalle. Du fait de sa composition graphique (personnages quasi similaires avec des chiffres au-dessus de la tête) et de l’usage des mots « différent » et « identique », antinomiques par définition, le dessinateur nous force à la comparaison : Mohammed Merah est mû par le même mobile que les nazis, l’antisémitisme, l’obsession et la haine des Juifs.

Ce dessin nous force à regarder les choses en face. Riss utilise l’humour noir pour nous faire réagir : il ne rit pas des enfants juifs assassinés, bien au contraire. Il nous pousse à réfléchir à l’antisémitisme français : 70 ans après la Shoah, on tue encore des individus pour leur appartenance réelle ou supposée à un groupe ou une religion. On assassine encore les Juifs pour l’unique raison qu’ils sont Juifs, ou supposés Juifs, comme le 9 janvier 2015, lors de la prise d’otage de l’Hyper Casher durant laquelle le terroriste Amedy Coulibaly assassine quatre personnes au nom de l’État islamique.

© Riss
Paru dans Charlie Hebdo, n° 1031, le 21 mars 2012.